Paris, le 17 Septembre 2020 – Il y a une quelques jours, Amelia reprenait officiellement l’exploitation de la ligne Clermont-Ferrand – Paris-Orly avec un ATR72-600, après le départ d’Air France. Cette nouvelle ligne s’inscrit plus globalement dans une stratégie de développement d’Amelia sur le réseau domestique français. A cette occasion, Flight-Report s’est entretenu avec Solenne Regourd, responsable du développement réseau Amelia.

Le coup d’envoi de cette nouvelle route a été donné le lundi 14 septembre dernier et Flight-Report était présent pour le vol inaugural vers Clermont-Ferrand


Flight-Report : Cela fait peu de temps que les voyageurs français connaissent Amelia. Pourriez-vous revenir sur l’histoire de votre compagnie ? Quel est également votre cœur d’activité ?

Solenne Regourd : L’histoire de notre compagnie est avant tout l’histoire d’un groupe aéronautique totalement intégré de plus de 40 ans, avec une compagnie aérienne, un centre de maintenance où sont gérés le recrutement et la formation de nos pilotes. Notre présence dans le ciel français est un renouveau car nous avons toujours été français, mais avons décidé d’accélérer sur la partie lignes régionales il y a seulement 4-5 ans. Nous avons beaucoup travaillé dans le monde mais toujours avec notre siège social à Paris. Nos racines sont dans l’aviation d’affaires, ce qui fait que nous mettons tout particulièrement l’accent sur la ponctualité, la fiabilité et le service client irréprochable. Nous essayons d’appliquer les standards de l’aviation d’affaires à nos lignes régionales.

Amelia, une compagnie dont les racines sont dans l’aviation d’affaires © Amelia

Il y a 4 ans, nous avons saisi une opportunité pour rentrer sur le marché français grâce à nos avions, en particulier un Embraer ERJ135, collant parfaitement aux besoins à la fois du charter pour les clubs de football, mais aussi pour des grandes compagnies aériennes comme Air France. Cet avion, très adapté, nous a permis de déployer plus largement nos ailes dans le ciel européen. Cela a très bien marché puisque nous sommes passés en 4 ans de 1 à 15 avions dans le ciel européen. Le cœur de notre flotte est l’Embraer ERJ145 avec 7 unités, nous avons aussi 1 Embraer ERJ135 et des Embraer ERJ135VIP qui ne sont pas sur le marché européen, sans oublier 2 ATR.

Flight-Report : Comme vous venez de l’indiquer, Amelia exploite une flotte mixte autour des Embraer ERJ135/145 et ATR. Avez-vous pour objectif de rationaliser votre flotte autour d’un seul modèle ?

Solenne Regourd : Nous sommes très contents de nos avions, ces deux types de modèles correspondent à une vraie niche et nous permettent de répondre à tous les besoins en termes de distance et de terrain. Nous pensons plus tôt agrandir la flotte autour de ces modèles-là. Le confort de la cabine est excellent dans les deux appareils. Notre ATR72-600, F-HIPY (opérant la ligne Clermont-Orly), est très récent (2015) avec une cabine agréable. Pour Air France nous utilisons par exemple un ATR42-500 sur Aurillac car le terrain l’impose, les deux appareils sont complémentaires et équivalents en termes de confort.

Embraer ERJ145 Amelia © Amelia

Flight-Report : Aujourd’hui, Amelia ne se développe plus uniquement via des contrats d’affrètements et d’aviation d’affaire, mais aussi en lançant des liaisons en propre. Quel modèle visez-vous sur le moyen terme ?

Nous avons une pluralité des métiers avec les mêmes avions, la même maintenance et les mêmes pilotes.

Solenne Regourd, responsable du développement réseau d’Amelia

Solenne Regourd : Notre stratégie est de continuer à être multi niche, nous souhaitons garder une diversité qui nous permet de passer les crises quand il y en a. Nous gardons une cohérence sur les modèles utilisés avec les mêmes types d’avions, permettant de générer des économies d’échelle. Nos pilotes font à la fois de l’aviation de ligne pour le compte d’Air France et sur nos lignes en propre, mais aussi du charter et de l’aviation d’affaires. Nous avons une pluralité des métiers avec les mêmes avions, la même maintenance et les mêmes pilotes.

Flight-Report : Quel est le portrait-robot type du client Amelia ? Quels moyens mettez-vous en œuvre pour vous faire connaître de la clientèle loisir ?

Solenne Regourd : La majorité de nos clients sont des femmes et des hommes d’affaires voyageant surtout depuis la province vers Paris pour la semaine. Nous nous développons aussi au tourisme grâce à des horaires optimisés pour les week-ends. Nos prix sont très intéressants en s’y prenant à l’avance pour les touristes, et un peu plus chers mais flexibles au dernier moment pour les professionnels. Cela nous permet de toucher tout le monde.

Flight-Report : Amelia vient donc de lancer une nouvelle ligne entre Clermont-Ferrand et Paris-Orly. Quels seront les facteurs clés de succès pour cette ligne ?

Nous avons besoin d’un engagement des professionnels ayant fait la demande pour qu’une compagnie aérienne revienne sur le territoire.

Solenne Regourd, responsable du développement réseau d’Amelia

Solenne Regourd : La ligne Clermont-Orly n’est pas une DSP (délégation de service public), nous avons donc besoin d’un engagement des professionnels ayant fait la demande pour qu’une compagnie aérienne revienne sur le territoire, avec des engagements sur le nombre de billets. Nous n’avons pas de doute sur le succès de cette ligne, les clermontois ont besoin de pouvoir monter à Paris-Orly, ce qui n’est pas pareil que Paris-CDG. Nous avons besoin que le démarrage soit bon, nous y mettons beaucoup d’effort au même titre que pour la ligne Rodez-Orly, même si c’est une DSP. Nous souhaitons que les deux lignes marchent aussi bien.

Embarquement lors du vol inaugural Paris-Orly – Clermont-Ferrand © Flight-Report 2020

Flight-Report : En fonction du succès de cette ligne, prévoyez-vous l’ouverture de nouvelles lignes depuis votre base à Clermont-Ferrand ?

Solenne Regourd : S’il y a la demande, nous avons des avions disponibles et sommes basés sur place. Nous verrons en fonction des demandes, nous y allons pas à pas. Mais nous ne demandons qu’à déployer nos ailes depuis Clermont.

Flight-Report : Prévoyez-vous des accords type partage de code avec Air France et son programme de fidélité Flying Blue ?

Solenne Regourd : C’est en cours et sera fini dans quelques semaines pour le programme de fidélité. L’interline est déjà effectif avec Air France depuis Rodez et en cours d’implémentation depuis Clermont-Ferrand. Il est donc déjà possible de faire un Rodez-New-York. Le code share est aussi en cours d’implémentation et devrait être prêt d’ici la saison hiver.

Flight-Report : Quelles sont les caractéristiques du produit Amelia ?

Solenne Regourd : Nous mettons un point d’honneur à proposer la presse locale à bord de nos avions (hors Covid). Les clermontois et ruthénois partant le matin ont accès à la presse locale et nationale, ainsi que des collations sucrés/salés, avec boisson. Un vrai travail est en cours avec les producteurs locaux pour les mettre en valeurs à bord, avec potentiellement des animations sur des moments phares des vies locales. Ce sont des projets que nous espérons pouvoir déployer bientôt si la situation sanitaire le permet. Nous souhaitons aussi que l’expérience utilisateur soit excellente en dehors de l’avion, avec un site internet agréable et facile et un parcours dans l’aéroport optimisé.

Cabine équipant l’ATR72-600 F-HIPY d’Amelia © Flight-Report 2020

Flight-Report : La COVID19 a plongé le transport aérien mondial quasiment à l’arrêt pendant plusieurs semaines. Quels moyens avez-vous trouvés pour maintenir votre activité notamment pendant la période de confinement ?

Solenne Regourd : Nous avons eu 3 leviers, avec l’aviation sanitaire en premier lieu. Nous pouvons remercier la DGAC (Direction Générale de l’Aviation Civile) qui nous a beaucoup aidé pour modifier un avion avec deux civières assez rapidement, afin de réaliser des évacuations sanitaires entre Mayotte et La Réunion. Nous avons beaucoup travaillé avec les gouvernements pour faire des rapatriements. Lorsque les rapatriements ont été effectués, nous avons fait de l’aviation d’affaires et d’entreprise. Des sociétés ne pouvant s’arrêter de tourner avaient besoin de se déplacer pour faire transiter des workers (personnel faisant des rotations d’équipes dans des entreprises pétrolières et stratégiques). Après, tout cela reste marginal comparé à ce que nous faisions normalement. La plupart de nos avions et PN étaient au sol. Cela nous a permis de maintenir une activité restant très limitée.

Évacuations sanitaires à bord d’un Embraer ERJ145 d’Amelia © Amelia

Flight-Report : Comment envisagez-vous le futur de vos activités ?

Solenne Regourd : Nous ne pouvons pas parler d’environnement serein, nous avons bien tenu pour le moment en sauvegardant tous les emplois. Tout dépend combien de temps cette crise dure, ce qui peut durer des années. Nous avons été éligibles au PGE dont nous avons bénéficié mais n’y avons pas touché en termes de dépenses. Nous donnons tout ce que nous avons en termes d’énergie et de motivation pour rassurer nos passagers.

ATR72-600 F-HIPY à Paris-Orly © Flight-Report 2020