Paris, le 27 avril 2021 – L’avenir s’annonçait pourtant radieux pour Aircalin, bénéficiaire chaque année depuis 2015, la compagnie a eu les moyens d’investir dans le renouvellement de sa flotte en remplaçant ses anciens Airbus par des Airbus A320neo et A330neo de dernière génération. C’était sans compter sur la pandémie dévastatrice qui a ruiné en seulement quelques jours la demande pour les trajets internationaux. Avec une stratégie « zéro covid » proche de celles de ses voisins australiens et néo-zélandais, la reprise en Nouvelle-Calédonie sera plus tardive que dans d’autres régions du monde en raison de frontières fermées a minima jusqu’au 31 octobre 2021. Flight-Report a rencontré Didier Tappero, Directeur général de la compagnie Aircalin, afin de mieux comprendre la stratégie de la compagnie pour traverser la crise, mais aussi pour aborder sa stratégie produit et ses prévisions pour les années à venir.

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin

Des passagers absents, un peu de charter et du cargo

Avec un trafic passager en baisse de -91% de mars à décembre 2020 par rapport à 2019, Aircalin subit de plein fouet la stratégie « zéro covid » ayant entraîné depuis maintenant 14 mois la fermeture des frontières calédoniennes, accompagnée de conditions d’entrées très strictes sur le territoire, avec notamment une quarantaine obligatoire de 14 jours.

Rapidement, la compagnie a dû faire des économies ; elle a ainsi engagé un plan de départs volontaires lui permettant de réduire de 20% ses effectifs, soit une centaine de personnes. Par ailleurs, des efforts sur les salaires ont été réalisés par l’ensemble des personnels de la compagnie, avec une baisse de rémunération de 10% en moyenne.

« L’objectif pour Aircalin est de rester vivante jusqu’à la réouverture des frontières de la Nouvelle-Calédonie qui ne se fera qu’après une immunité collective de la population. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin

Des économies sont aussi réalisées grâce au report de livraison de son second Airbus A320neo qui interviendra au plus tard en septembre 2023 au lieu de février 2021 comme initialement prévu.

Pour générer des recettes, la compagnie a développé son activité de vols cargo (Sydney, Tokyo, Paris), de rapatriement et de charter. Elle a également été missionnée pour apporter du matériel médical en provenance de Chine.

Airbus A330neo Aircalin de passage à Paris Charles-de-Gaulle | © Flavien TÊTE

Pour assurer la desserte de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi la sécurité sanitaire de l’île, les membres d’équipage doivent se soumettre à un protocole strict d’auto-confinement dans leur chambre d’hotel en escale, de port du masque obligatoire et de test tous les 7 jours à leur retour en Nouvelle-Calédonie.

« Je tiens à rendre hommage à nos personnels navigants qui doivent se soumettre à des mesures strictes y compris à leur retour avec des tests PCR réguliers et le port du masque obligatoire. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin

Une reprise lente mais une flotte performante

Selon Didier Tappero, la reprise du trafic aérien sera très lente pour Aircalin avec une hypothèse de réouverture des frontières pour fin 2021 ou début 2022. Le niveau d’avant crise est attendu pour 2024 voire 2025 et conformément aux prévisions faites par IATA.

« Nous prévoyons de réaliser 42% de notre activité en 2021 et il faudra attendre 2024 ou 2025 pour retrouver 100% de notre activité de 2019. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin

Par ailleurs, l’espoir de rejoindre la Travel Bubble créée par l’Australie et la Nouvelle-Zélande reste mince à court terme, les autorités de ces deux pays « ne sont pas pressés » selon Didier Tappero.

Flotte à l’arrêt d’Aircalin à Nouméa La Tontouta en Mai 2020 | © Aircalin

Avec une flotte composée de deux Airbus A330-900neo et d’un Airbus A320neo, la compagnie se dit fière d’aborder la reprise avec des avions de nouvelle génération et plus respectueux de l’environnement.

« Nous n’avons aucun regret sur les investissements réalisés pour le renouvellement de notre flotte, bien au contraire, nous sommes rassurés d’accompagner la reprise d’activité avec notre flotte de neos. Nous avons bien observé des gains de carburant de l’ordre de 17% à 20% par rapport à notre flotte précédente. C’est conforme aux chiffres marketing avancés par Airbus. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin

A bord de ses Airbus A330neo, la compagnie a fait le choix d’une cabine assez premium avec une large cabine Business offrant un siège full flat et full access, mais aussi l’introduction d’une classe Premium Economy.

« Nous observons clairement une demande importante pour plus de confort sur nos vols long-courriers. Nos clients voyagent pour un minimum de 8h et jusqu’à 24h pour ceux allant jusqu’en métropole via le Japon. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin

En revanche, la compagnie a choisi une configuration entièrement économique pour ses Airbus A320neo, seuls les premiers sièges de la cabine sont transformables en cabine Premium Economy avec le siège du milieu laissé libre.

« Sur notre réseau régional opéré en Airbus A320, nous avions du mal à remplir notre classe Affaires, nous avons ainsi privilégié une cabine unique mais avec l’introduction d’écrans individuels à tous les sièges très appréciés par notre clientèle. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin
Cabine Airbus A320neo Aircalin | © Aircalin

Un réseau repensé à la reprise, Paris envisagé !

Avec une flotte composée de 4 appareils début 2024, Aircalin envisage de repenser son réseau, à commencer par sa desserte du Japon.

« Nous continuons à privilégier l’aéroport Narita de Tokyo car il nous offre davantage d’opportunités de correspondances que celui de Haneda dont les slots sont par ailleurs difficiles à obtenir. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin

Envisagée avant la crise, l’ouverture d’une ligne régulière vers Singapour en remplacement d’Osaka se précise ; la cité-État disposant d’une situation géographique privilégiée et d’une compagnie aérienne avec un réseau important dans toute l’Asie du Sud-Est tout en offrant une alternative supplémentaire pour les voyageurs de et vers Paris.

Quant à Paris, la desserte en propre est sur la table, même si cela représente un défi en terme de coûts d’exploitation et d’autorisations.

« Je ne dis pas non pour Paris, mais c’est un long travail de préparation, notamment avec les autorités russes afin d’avoir les routes et les slots indispensables pour le survol de la Sibérie. »

Didier Tappero, Directeur général d’Aircalin
Service à bord d’Aircalin | © Aircalin

Conclusion

Aircalin aborde l’avenir avec sérénité à condition d’obtenir le soutien financier de l’État français pour traverser les prochains mois qui s’annoncent encore difficiles en raison des frontières toujours fermées. A la reprise qui interviendra à partir de 2022, sa flotte de nouveaux Airbus lui permettra d’être performante en terme énergétique et donc environnemental.

Son réseau, actuellement tourné vers le cargo, évoluera probablement avec le lancement de Singapour voire de Paris si l’équation économique le permet.